Comment j'organise mon cours (partie 2)
INFO
Dans la première partie de ce billet, j'ai présenté comment j'organise l'apprentissage des informations théoriques concernant les conceptions philosophiques. Ici, j'explique comment je prépare mes élèves à rédiger les dissertations nécessaires pour réussir le cours.
À mon avis, apprendre à rédiger une dissertation philosophique claire et intéressante repose sur le développement de certaines connaissances procédurales : comment structurer nos idées à l'écrit pour exprimer clairement nos idées. En ce sens, j'essaie de développer cela par l'exercice : la simple explication ne suffit pas. Cela dit, je ne veux pas dire que les connaissances déclaratives sont secondaires ou même inutiles, au contraire : pour articuler une réflexion, il faut relier différentes idées substantielles entre elles. C'est en ce sens que j'insiste sur l'importance de lire et de comprendre les textes philosophique; c'est le propos de la première partie de mon billet. Autrement dit : j'ai déjà exposé comment je développe les connaissances portant sur le fond; j'explique maintenant comment je développe celles portant sur la forme.
Je mentionne que bien que mes deux billets portent spécifiquement sur le cours L'être humain, soit le deuxième cours de la séquence, la structure que je présente ici est la même dans mes trois cours. Bien sûr, les conceptions philosophiques ne sont pas les mêmes et les consignes de rédaction changent un peu, mais l'essentiel demeure.
La pondération et les pratiques alternatives de notation
Avant d'expliquer comment j'enseigne la structure du texte à rédiger, je veux prendre un instant pour clarifier comment je compose la note finale des élèves. Je pense que cela contextualise bien pourquoi je procède comme je le fais.
La note finale de mes élèves additionne le résultat obtenu aux examens théoriques (qui servent à évaluer la compréhension relativement élémentaire des conceptions philosophiques; 30% de la note finale) et du résultat obtenu aux rédactions (qui servent à évaluer leur capacité à articuler une réflexion philosophique personnelle conforme à la compétence du cours; 60% de la note finale; il y a aussi une petite portion accordée pour la réalisation (avec raisonnablement de sérieux) des activités tout au long de la session (10% de la note finale).
L'organisation des évaluations est assez traditionnelle : vers la mi-session (séance 5), les élèves doivent compléter un examen théorique (10% de la note finale) puis une rédaction (20% de la note finale; séance 7). La nature de ces évaluations est identique à celle qui auront lieu à la fin de la session : un examen théorique récapitulatif (20% de la note finale) et la rédaction finale (40% de la note finale). Mon objectif est de m'assurer que les évaluation de mi-sessions donnent une idée très claire aux élèves de ce à quoi ils peuvent s'attendre lors des évaluations finales. De cette manière, toute la rétroaction que les élèves reçoivent à la suite des évaluations de mi-session (autant celle que j'articule explicitement par des commentaires que celle, informelle, qu'ils se font eux-même à partir de la note obtenue) est directement applicable aux évaluations finales.
Malgré mon approche assez traditionnelle, j'ai intégré des pratiques alternatives de notation (PAN)1 afin de mieux traduire l'importance de considérer l'erreur comme une opportunité d'apprentissage. Je garde le tout très simple2 : si la note obtenue à l'évaluation finale est supérieure à la note obtenue à l'évaluation de mi-session, je garde uniquement la note finale. Par exemple, une personne qui obtiendrait 50% à l'examen de mi-session (pondéré à 10%; 5/10) mais 80% à l'examen final (pondéré à 20%, donc 16/20) aurait une note de 80% pour ses examens (pondéré à 30%; donc 24/30) plutôt que de 70% (21/30, soit l'addition de 5/10 et de 16/20). Je procède de la même manière avec les rédactions.
Concrètement, cela signifie que les évaluations de mi-sessions sont principalement formatives, en ce sens que la note obtenue peut être améliorée; mais qu'elles demeurent au moins partiellement sommatives, en ce sens que sans amélioration, la note obtenue servira à composer la note. Évidemment, cela crée une certaine pression à la hausse sur les notes : cette méthode permet uniquement d'augmenter la note finale, pas de la réduire. Cela dit, dans l'aggrégat, la modification demeure assez faible, de l'ordre de quelques pourcents.3
Les activités en classe
Je pense que la meilleure manière de procéder pour enseigner un savoir procédural complexe (comme celui de la rédaction philosophique) est, autant que possible, d'amener les élèves à effectuer les éléments plus simples de la tâche complexe avant de prendre le temps d'expliquer qu'ils s'articulent entre eux. En ce sens, je ne commence pas ma session en montrant explicitement la structure de la rédaction attendue, mais je m'assure que les activités du cours favorise l'exercice de ses différentes parties. Peut-être ai-je été trop fortement marqué par M. Myagi?
La structure des activités en classe repose toujours, d'une manière ou d'une autre, sur l'interprétation des conceptions philosophiques. Mes élèves doivent reformuler, dans leur mots, des aspects de la pensées des philosophes, et ce, à partir des textes qu'ils ont lu à la maison. Voici, par exemple, une diapositive PowerPoint que j'ai projetée la semaine dernière; ce sont les consignes d'un exercice à réaliser en équipe durant la séance de cours.4 La lecture à effectuer étaient les deux premières Méditations métaphysiques de Descartes (et un petit passage de la troisième) :

Normalement, le travail exigé dans ces activités requiert de reformuler dans ses propres mots des idées présentes dans le texte philosophique. Cette tâche est explicitement et directement reprise dans les dissertations : les élèves doivent identifier une citation, puis expliquer dans leurs mots des éléments de la pensée du texte philosophique à partir des concepts apparaissant dans la citation.
Cela dit, je pense que j'ai honnêtement encore des choses à faire pour améliorer la préparation de mes élèves à cet égard. D'une part, je pourrais insister sur la nécessité d'intégrer une citation textuelle, afin de mieux refélter les tâches à effectuer dans les rédactions. Le problème avec ce genre d'exigence, c'est que les élèves tendent à consacrer beaucoup de temps à chercher « la bonne citation » qui répond directement et entièrement à la question, ce qui n'est pas le plus important. Je le constate d'ailleurs déjà, actuellement : malgré mes consignes, plusieurs élèves se contentent essentiellement d'inscrire une citation (ou une paraphrase très proche d'une citation textuelle) comme réponse. C'est certainement mieux que rien, mais ce n'est pas aussi productif que ça pourrait l'être. Cela dit, peut-être est-ce le mieux que je puisse espérer?
Les textes réflexifs
J'ai déjà expliqué la nature de cette activité, alors je me contente de rappeller l'essentiel : les élèves doivent établir un lien personnel entre un aspect du texte philosophique travaillé et un sujet n'apparaissant pas dans le texte. Je propose toujours une piste d'interprétation personnelle, mais je laisse tout de même mes élèves libre de choisir la réflexion qui les intéresse.
À propos de Descartes, je pourrais par exemple suggérer cette question : « le système scolaire québécois est-il adéquat? » Pour répondre à cette question (ou produire tout autre texte réflexif), les élèves doivent compléter essentiellement trois tâches distinctes :
- présenter un aspect tiré du texte philosophique;
- présenter certaines caractéristiques du thème abordé, ici l'école québécoise;
- relier ces deux éléments ensemble pour produire une réflexion personnelle.
Ici aussi, le travail à effectuer est directement repris dans la rédaction : je ne demande jamais dse produire une réflexion personnelle déconnectée des textes ni de simplement résumer les textes philosophiques.
La présentation des consignes de rédaction : séance 5
À la semaine 5 de la session, mes élèves complètent l'examen théorique de mi-session, qui dure une heure (ce sont 10 questions à réponse courtes). Je consacre les deux heures suivantes à des activités permettant de s'approprier la structure du texte.
Je commence par leur distribuer un exemple de texte obtenant une note de 100%; j'ai personnellement rédigé ce texte dans des conditions similaires à celles dans lesquelles mes élèves devreont rédiger leur propre texte.5 Ils doivent alors, en petites équipes, tenter à la fois d'inférer la nature du travail qu'ils auront à faire et d'expliquer pourquoi le texte est excellent. Je leur demande aussi d'écrire les questions qu'ils ont à propos de la rédaction.
Je leur distribue ensuite un document de consignes explicite, qui inclut ma grille de correction et mes exigences concernant la structure du texte que j'exige pour notre cours. Ces consignes sont relativement précises en ce qui concerne la forme du texte et incluent une sorte de canevas générique. Ils doivent alors, avec la même petite équipe, repasser sur l'exercice accompli précédemment et clarifier leurs réponses (et probablement répondre à au moins certaines de leurs questions).
Je termine la séance de cours en répondant aux questions restantes.
Je prévois apporter quelques modifications à cette séance (et à la suivante, que j'explique dans la prochaine section), mais j'en reparlerai plus tard.
La séance de préparation : séance 6
Je consacre une séance de cours entière (donc 3h en 102) à la préparation à la rédaction. C'est une séance relativement libre, mais je propose à mes élèves quelques activités à effectuer pour arriver aussi prêt que possible à la rédaction de la semaine suivante. Évidemment, je suis à leur entière disposition durant toute la séance, alors je réponds à leurs questions et leur offre de la rétroaction.
Comme les élèves ne connaissent pas à l'avance la question à laquelle ils auront à répondre dans leur dissertation, ils ne peuvent pas produire un plan spécifique. Bien sûr, cela ne signifie pas qu'ils ne peuvent rien faire pour se préparer, alors je leur propos essentiellement les activités suivantes :
- réorganiser les notes de cours à propos des conceptions philosophiques;
- préparer une liste de citations pertinentes pour chacun des textes afin d'expliquer différentes idées importantes;
- s'exercer à la rédaction de différentes sections du texte, avec la possibilité de recevoir de la rétroaction de ma part en classe.
Conclusion
Mon cours est définitivement centré sur la pratique et la répétition : d'abord, on effectue des tâches pour effectuer des tâches concrètement liée à la matière du cours sans savoir qu'elles servent aussi à la dissertation; ensuite, on relie ces exercices à une structure explicite; puis on continue pour le reste de la session à s'y exercer, mais cette fois-ci en sachant qu'elles sont intégrées à la dissertation. À la toute fin, j'évalue la compétence et les PAN évitent de pénaliser l'élève qui a poursuivi ses apprentissage après la mi-session.
Je disais cependant plus tôt que je prévois apporter des modifications à mes séances 5 et 6. En effet, cette session, j'ai mis fin à ces deux séances de cours avant l'heure prévue, car la très grande majorité de mes élèves ne travaillaient plus vraiment. J'avais prévu 2h de travail sur les consignes lors de la séance 5, mais j'ai laissé tout le monde partir après un peu plus d'une heure. La séance 6 était relativement libre et j'avais indiqué à mers élèves que je ne donnerais pas de points pour accomplir du travail en classe : la moitié des élèves ne se sont tout simplement pas présentés, plusieurs sont restés moins d'une heure, et après 2h, tout le monde était parti. Je dois donc me rendre à l'évidence que ce temps peut être employé plus efficacement.
La session prochaine, je prévois donc combiner ce deux périodes lors de la séance 5 : en deux heures, ils pourront s'approprier les consignes et commencer à se préparer à la rédaction. La rédaction aura alors lieu à la séance 6, ce qui me permettra de pouvoir systématiquement corriger durant la semaine de relâche.6 En récupérant une séance de cours, j'aurai aussi des options. Je pourrais aborder une conception philosophique supplémentaire, évidemment; mais je pourrais aussi consacrer une séance de cours (plus tard dans la session, vers la semaine 11, probablement) pour retravailler la dissertation et intégrer la rétroaction. Je pourrais aussi décider de ramener ma rédaction finale en classe, plutôt que de réserver un moment durant la séance d'examen. Cet hiver, mes élèves rédigeront leur texte le 18 décembre, ce qui risque de me forcer à corriger entre Noël et le jour de l'an...
À voir!7
Notes
J'ai récemment rencontré l'acronyme PREN pour pratiques de réduction et d'élimination de la note. Je suis certain que les initiés y verront des différences importantes, mais tout cela me semble s'inscrire dans la même mouvance.↩
Certaines PAN me paraissent relativement complexes et souvent onéreuses pour l'enseignant : jetons de reprise, multiples possibilités de reprise des évaluations, etc. Je n'ai rien contre l'expérimentation et je présume que comme la nature des évaluations en chimie n'est pas la même qu'en philosophie, les façons appropriées de procéder peuvent varier. Cela dit, j'ai parfois l'impression que les élèves doivent suivre un cours pour comprendre comment leur note sera calculée.
Pour ma part, malgré la simplicité de mon système de notation, j'ai toujours des élèves qui peinent à le comprendre. Cette semaine, j'ai rencontré une élève à propos de sa rédaction, et malgré mes explications préalables, la présentation des notes sur notre portail institutionnel (qui indique que la meilleure note sera retenue pour l'évaluation de mi-session), un commentaire écrit liée à la note affichée sur le portail institutionnel et le commentaire audio personnalisé où je lui indiquais explicitement que sa note finale remplacerait sa note de mi-session si elle s'avérait supérieure, elle n'avait pas compris.↩
Cela nous force à reconnaitre que pour la plupart des élèves, une amélioration drastique et substantielle de leurs résultats en l'espace de quelques semaines n'est pas réaliste. Comme j'en ai déjà parlé, il faut reconnaitre les limites de notre impact.↩
À titre informatif, j'ai laissé aux élèves quelque chose un peu moins d'une cinquantaine de minutes pour le réaliser.↩
Dans mon cas, j'ai rédigé mon texte de 102 en environ 2h30. Le résultat n'est pas exceptionnel, mais c'est une vertu. Après tout, si je suis moi-même incapable d'écrire un texte méritant une note parfaite dans mon propre cours, c'est que mes exigeances envers des novices de 18 ans sont beaucoup trop élevées.↩
Au cégep de Drummondville, nous avons une semaine de relâche à l'automne et à l'hiver, mais il arrive que je rencontre certains de mes groupes seulement 6 fois avant la relâche.↩
Si vous désirez voir ce que je distribue à mes élèves, par exemple mon document de consignes, écrivez-moi! Je suis toujours heureux de partager mon matériel et de parler pédsagogie avec des gens intéressants, qu'ils soient des collègues ou non!↩